Revolut, ou la dérive d’une utopie sans visage

Revolut, au départ, c’était une promesse : celle d’une finance fluide, borderless, rapide, libérée des carcans bancaires nationaux. C’était l’illusion d’un monde sans frontières, où l’on pourrait transférer son argent comme on envoie un message.

Mais comme toutes les utopies techniques, elle a fini par se heurter à la gravité du réel : le droit, la souveraineté, et surtout, la responsabilité.

Le départ du fondateur, Nik Storonsky, vers Dubaï n’est pas anodin. Ce n’est pas seulement un exil fiscal ou réglementaire : c’est un aveu philosophique. Celui d’un homme qui a bâti une « banque sans pays », et qui découvre, trop tard, que l’argent sans ancrage devient suspect, et que lapromesse de fluidité totale se retourne en soupçon global.

Revolut a voulu abolir les nations, mais c’est aujourd’hui chaque nation qui la rappelle à l’ordre : les régulateurs lituaniens, les autorités britanniques, les contrôleurs espagnols, tous s’aperçoivent qu’on ne joue pas à la banque comme on joue au code.

Et pendant que l’entreprise communique sur sa « transparence », elle bloque, restreint, gèle,sans explication, sans recours, au nom d’une conformité opaque plus politique que financière.

Revolut s’est construite sur la promesse de la liberté, et elle finit en bureaucratie algorithmique. Ce n’est plus une fintech : c’est un État clandestin de données, une frontière sans drapeau, mais avec des prisons numériques.