À partir du 5 janvier 2026, les médecins libéraux prévoient une grève d’une ampleur « sans précédent », en réaction au projet de budget 2026 de la Sécurité sociale. Le texte envisage notamment de supprimer la négociation conventionnelle, ouvrant la voie à des révisions unilatérales des tarifs par l’Assurance maladie, notamment dans des disciplines sensibles comme l’imagerie, la radiothérapie ou la dialyse. Pour la profession, il s’agit d’une remise en cause profonde du modèle de médecine libérale, pilier de l’accès aux soins depuis l’après-guerre.
La mobilisation s’appuie également sur un malaise ancien. Aujourd’hui, une consultation de médecine générale est rémunérée 26,50 €, un des tarifs les plus bas en Europe de l’Ouest. À ce niveau de rémunération, les praticiens doivent pourtant assumer seuls leurs charges : loyers, matériel, assurances, logiciels, salaires éventuels… À cela s’ajoute une charge administrative croissante. Lorsqu’un patient bénéficiant de la CMU se présente, les médecins doivent vérifier les droits, gérer les rejets, compléter des formulaires : « une part du travail administratif de l’Assurance maladie est reportée sur les cabinets », soulignent plusieurs syndicats.
La profession appelle ainsi au report des rendez-vous à partir du 5 janvier, à une suspension partielle de l’alimentation du dossier médical partagé, ou encore à la demande systématique de validation des arrêts maladie par l’Assurance maladie. Les représentants des médecins évoquent une « attaque inédite depuis 1945 » et alertent sur le risque d’un accès aux soins fortement perturbé dans de nombreux territoires.
Au-delà du mouvement, c’est l’avenir même du système de santé français qui se trouve interrogé. Entre une médecine de ville fragilisée, un hôpital saturé et un système de retraites sous tension, l’ensemble du modèle social semble atteindre ses limites. La France devra, tôt ou tard, trancher un débat devenu incontournable : comment préserver un accès équitable aux soins sans réformes structurelles profondes et durablement financées ?
