Les nouveaux barons : comment la Tech a pris le pouvoir d’État

Ils avaient promis d’ouvrir le monde. Ils ont fini par l’absorber.

De la Maison-Blanche aux studios d’Hollywood, des algorithmes de l’opinion aux câbles du Pentagone, les géants de la Tech ne sont plus des entreprises : ce sont des centres de gravité politique.

Jeff Bezos a racheté The Washington Post avant de mettre la main sur MGM Studios, la fabrique même du récit américain. Ce n’est pas une diversification, c’est une mainmise narrative : maîtriser à la fois l’information et la fiction, c’est contrôler les deux hémisphères du cerveau collectif.

Elon Musk, lui, a privatisé le ciel avec Starlink et l’arène numérique avec X. Il influence les guerres, les élections, les marchés, et parfois tout cela en un seul tweet.

Mark Zuckerberg a créé le premier empire d’ingénierie sociale à l’échelle planétaire, pendant que Peter Thiel infiltrait la défense, la justice et la cryptographie d’État à travers Palantir et ses réseaux idéologiques.

La Maison-Blanche, aujourd’hui, ne gouverne plus seule : elle compose avec ces nouveaux seigneurs. Les campagnes électorales se jouent sur leurs plateformes, les décisions militaires s’appuient sur leurs infrastructures cloud, et la diplomatie s’écrit dans leurs laboratoires d’intelligence artificielle.

Le pouvoir politique, jadis incarné par des institutions, s’est externalisé vers des entités qui n’ont ni frontières ni comptes à rendre.

Cette hybridation entre puissance privée et souveraineté publique dessine une nouvelle féodalité numérique : les présidents passent, les plateformes demeurent. Bezos, Musk, Thiel, Zuckerberg, chacun contrôle un pan du réel : la distribution, le récit, le ciel, la donnée.

La question n’est plus de savoir s’ils gouvernent, mais jusqu’où ils iront avant qu’on ose les appeler par leur vrai nom : les maîtres du monde post-étatique.