Eurozone : épargne record, mais absence d’investissement ?

Dans sa publication du 28 octobre 2025, la Banque centrale européenne (BCE) indique que la zone euro a accru son épargne nette à 861 milliards €, soit 7 % du revenu disponible net sur la période des quatre trimestres à fin Q2.  Parallèlement, l’investissement des sociétés non financières est aussi en progression, mais le taux d’endettement recule (66,3 % du PIB contre 67,9 % il y a un an).

Ce paradoxe interroge : pourquoi autant d’épargne accumulée alors que les entreprises semblent freinées dans leur capacité à investir ? Les banques interrogées dans l’enquête sur le prêt bancaire annoncent un environnement de crédit plus strict, en particulier pour les prêts à la consommation et l’immobilier : une partie du frein viendrait de la peur des risques et de la lenteur des financements. 

Le marché boursier et obligataire paraît donc évoluer dans un contexte où le “capital disponible” existe, mais où la dynamique économique reste molle. Le tabou posé ici : l’abondance d’épargne n’entraîne pas automatiquement une relance productive. La vraie question est : dans un monde de taux élevés et d’incertitudes géopolitiques, la reprise capitaliste peut-elle s’appuyer uniquement sur de l’épargne ou faut-il un catalyseur politique/structural ? Les marchés doivent-ils anticiper cette transition ou risquent-ils d’être piégés par la stagnation ?

On pourrait aussi répondre que les banques ne font plus le boulot. Trop surveillées par leurs propres règles, elles ne prêtent qu’aux riches. Le nombre de faillites, en forte hausse, le prouve en quelque sorte. Il existe donc une faille entre l’argent épargné et l’argent prêté. Le numérique, qui permet la rencontre de l’offre et de la demande, viendra probablement régler le problème.