À Taipei, le président Lai Ching-te vient de franchir une nouvelle étape dans la stratégie de dissuasion de l’île face à la pression militaire grandissante de la Chine. Ce mercredi, il a présenté un plan historique de dépenses avec un budget de défense supplémentaire d’environ 40 milliards de dollars sur plusieurs années, destiné à transformer la posture militaire de Taïwan.
Ce programme prévoit la construction d’un réseau de défense aérienne en couches, surnommé T Dome, conçu pour détecter et intercepter missiles et drones, ainsi que le renforcement de la flotte de navires et de systèmes antimissiles. L’objectif affiché est d’augmenter le budget de la défense à environ 5 pour cent du PIB d’ici 2030, une hausse spectaculaire pour cette économie insulaire qui vit déjà sous la menace permanente de son puissant voisin.
Pékin considère toujours Taïwan comme une province renégate et multiplie les incursions d’avions et de navires autour de l’île. En réponse, Lai insiste sur le droit de Taïwan à renforcer ses capacités, en parlant d’un investissement dans la paix par la dissuasion plutôt que dans l’escalade. Ce plan n’est toutefois pas acquis. Il devra être approuvé par un Parlement dominé par l’opposition, plus prudente sur l’ampleur de la dépense et sur le risque d’alimenter les tensions avec la Chine.
Sur la scène internationale, ce tournant budgétaire est suivi de près par les alliés de Taïwan, en particulier les États Unis, qui pressent depuis des années l’île de prendre davantage en charge sa propre sécurité. Le message envoyé par Taipei est clair. Dans un environnement indo pacifique de plus en plus instable, la survie de la démocratie taïwanaise passera par un arsenal plus moderne, plus dense et mieux coordonné. L’annonce de mercredi ancre cette conviction dans des chiffres rarement atteints, transformant un débat stratégique en engagement chiffré sur le long terme.
