La tension entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda n’est pas nouvelle, mais elle atteint depuis quelques mois un point d’ébullition. Officiellement, tout tourne autour du contrôle de l’est du Congo, officieusement, il s’agit d’un conflit d’influence, d’économie et de mémoire.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement le M23, une rébellion armée opérant dans le Nord-Kivu, riche en or, coltan et cobalt, des ressources vitales pour les batteries et les technologies du XXIᵉ siècle. Le Rwanda nie, mais les rapports des Nations Unies sont explicites : des troupes rwandaises opèrent bel et bien dans la zone, souvent sous uniforme du M23.
En réalité, cette guerre larvée est une bataille pour le contrôle de la richesse minière mondiale. La RDC détient près de 70 % du cobalt de la planète, tandis que le Rwanda, dépourvu de grandes réserves, s’est imposé comme un hub de transit pour les minerais, légaux ou non. Derrière ce face-à-face, on retrouve des puissances tierces : les États-Unis, la Chine et les Émirats, chacun jouant sa partition entre contrats miniers, sécurité régionale et influence stratégique.
Mais il y a aussi le poids de l’histoire. Le traumatisme du génocide de 1994 continue d’empoisonner les relations : Kigali considère encore l’est congolais comme un refuge pour les milices hutu responsables du massacre, tandis que Kinshasa voit dans cette justification un prétexte colonial déguisé.
