La disparition des havanes en France est un fait une pénurie qui s’explique. Depuis quelques
années, les amateurs français constatent une rareté grandissante des cigares cubains dans les
civettes. Ce qui se trouvait aisément il y a encore cinq ou six ans, et à des tarifs
raisonnables, est devenu difficile à dénicher et souvent hors de prix. La cause n’est pas
unique, mais résulte d’un enchaînement de facteurs qui frappe l’ensemble de la filière.
D’abord, Cuba traverse une crise de production sans précédent. Les ouragans ont dévasté les
plantations de Pinar del Río, les pénuries d’engrais paralysent les récoltes, et l’économie
locale peine à assurer les conditions nécessaires à un tabac de qualité. Moins de feuilles,
moins de roulage : l’offre s’est brutalement contractée.
Parallèlement, la demande mondiale a explosé, portée notamment par l’Asie, prête à payer
très cher pour les marques iconiques. En 2022, Habanos SA a choisi d’aligner ses prix sur
ceux de Hong Kong, entraînant des hausses spectaculaires : jusqu’à +300 % pour certains
Cohiba. La stratégie assumée consiste désormais à positionner ces cigares comme des
produits de luxe mondiaux.
Pour la France, l’effet est immédiat : allocations en baisse, fiscalité lourde, et civettes peu
enclines à immobiliser des stocks devenus onéreux et incertains. Entre pénurie et spéculation,
les havanes disparaissent peu à peu des étagères, laissant place aux productions
nicaraguayennes ou dominicaines, désormais plus stables et plus accessibles.
