Le 10 novembre 2025, nous étions au Zénith de Paris où vibrait au rythme d’une émotion rare : c’était le premier soir européen du Ultrasound World Tour, la nouvelle tournée mondiale de Lorde. La veille, sa date au Luxembourg avait été annulée au dernier moment à cause d’une maladie, transformant Paris en ouverture inattendue et hautement symbolique. La chanteuse néo-zélandaise, née Ella Yelich-O’Connor, est entrée sur scène dans une atmosphère suspendue, presque religieuse, avant de faire exploser la salle avec Hammer, premier titre de son nouvel album Virgin.
Connue depuis 2013 pour Royals, hymne adolescent devenu classique, Lorde a depuis sculpté un univers unique : une pop introspective et viscérale, entre mélancolie et euphorie. Avec Virgin, elle explore la peau, le corps et la métamorphose, des thèmes qui prennent une dimension presque physique sur scène. «I think that Ultrasound could be our masterpiece, » confiait-elle avant la tournée. Ce soir-là, à Paris, cette promesse a pris forme.
La mise en scène, conçue comme un voyage sensoriel, est l’une des plus saisissantes de sa carrière. Lorde évolue sur un tapis roulant pendant Supercut, comme entraînée dans une boucle émotionnelle infinie. Les écrans géants projettent des images aux allures de radiographies, illustrant le leitmotiv du spectacle : “see what’s under the skin”. La lumière se fait stroboscopique sur Buzzcut Season, aquatique sur Oceanic Feeling, et presque divine quand la chanteuse s’avance au bord de la scène puis traverse la foule pour interpréter David. Ce moment, l’un des plus intenses de la soirée, la voit marcher sur une diagonale lumineuse tendue vers la fosse, saluant les fans d’un regard chargé de reconnaissance.
Le set mêle les époques et les émotions : Green Light et Team déclenchent des cris de joie pure, Ribs fait chavirer la salle, Broken Glass et Man of the Year confirment la maturité du nouveau disque. Entre chaque titre, Lorde semble à la fois maîtresse de cérémonie et confidente, oscillant entre puissance et fragilité. Le public, conquis dès la première note, répond par une ferveur presque liturgique ; on chante, on pleure, on danse, on s’unit.
Lorde a toujours su transformer ses concerts en expériences émotionnelles totales, mais ce soir-là, Paris a touché quelque chose d’encore plus grand. Une communion, une renaissance, un moment suspendu entre la peau et la lumière. En refermant le show sur Ribs, elle sourit : la salle tout entière irradie avec elle. Et dans ce souffle final, une certitude : l’Ultrasound Tour n’est pas seulement un retour, c’est un manifeste. Une célébration de la vulnérabilité et du feu intérieur. Une nuit où la musique et le corps ne faisaient plus qu’un.
