L’ouverture en France d’un magasin Shein ne devrait pas être l’objet principal de notre indignation. Ce n’est qu’une façade, le symptôme éclatant d’une maladie économique bien plus profonde. Ceux qui hurlent au scandale de la fast fashion se trompent de cible. Comme le disait Confucius, nous regardons le doigt et non la direction que pointe cet événement.
La véritable histoire commence ailleurs : aux États-Unis. Avec l’arrivée de l’administration Trump, les géants du e-commerce comme Shein et Temu ont vu leurs importations sérieusement entravées. Contraints, ils ont réorienté leurs colossaux budgets marketing vers l’Europe, notre continent, qui s’est révélé une passoire économique idéale. Grâce à des accords postaux laxistes, la France et ses voisins se sont laissés inonder de produits à bas coût, devenant le déversoir commercial d’une marchandise que d’autres ont su filtrer.
Le plus tragique réside dans nos propres contradictions. Nous déplorons sans cesse le déclin de notre industrie et la perte d’emplois. Pourtant, le citoyen français, écrasé par la fiscalité et le coût exorbitant du travail, est contraint de chercher le produit le moins cher. En achetant ces articles importés, il s’offre un soulagement immédiat pour son porte-monnaie, mais il vote contre l’emploi qu’il est en droit d’attendre. Il se tire une balle dans le pied avec une arme que lui tend un système qui taxe follement le travail tout en ouvrant les vannes de l’importation dérégulée.
Nous sommes pris dans un cercle vicieux infernal. Nous maintenons un niveau de vie élevé par une pression fiscale extrême, mais nous donnons ensuite aux producteurs étrangers les moyens de battre notre propre marché. Pendant que nous nous imposons des restrictions drastiques au nom de l’écologie — refusant de produire par peur de polluer —, d’autres s’en affranchissent, polluent, puis nous envoient leurs produits finis. Nous troquons notre autonomie économique contre le titre stérile de « bon élève » environnemental.
L’arrivée du magasin Shein n’est que la confirmation bruyante de cette imbécillité systémique. L’urgence n’est pas de boycotter une boutique, mais d’exiger de ceux qui nous dirigent qu’ils cessent d’offrir le marché européen sur un plateau. Il est temps de concilier une fiscalité juste sur le travail et des accords commerciaux qui protègent la production locale des distorsions de concurrence. Le magasin est le doigt ; la direction, c’est notre politique économique suicidaire. Tant que cette dernière ne changera pas, le cercle vicieux ne fera qu’accélérer.
