Quand les tribunaux croient au père Noël

La faillite d’ACI Groupe illustre une fois de plus une dérive inquiétante : celle d’un système où l’espoir et la naïveté tiennent parfois lieu de stratégie économique. Pendant des mois, ce repreneur s’est présenté comme un sauveur d’entreprises en difficulté, multipliant les promesses et les effets d’annonce. Il a remporté des dossiers à la barre, séduit des tribunaux de commerce désireux de croire à une relance, et embarqué avec lui salariés, élus et créanciers dans une fiction industrielle.
La réalité, elle, s’impose aujourd’hui dans toute sa brutalité : ACI Groupe s’effondre, laissant derrière lui des sites sinistrés et des salariés une nouvelle fois trahis.

Ce scénario n’est pas isolé. Il rappelle, à bien des égards, celui de Michel Ohayon : même storytelling de la renaissance, même vernis de respectabilité, même désillusion finale. Et toujours la même question : comment des juridictions composées d’entrepreneurs aguerris peuvent-elles encore se laisser abuser ?

Le tribunal de commerce n’est pas une chambre d’espérance ; il devrait être un rempart contre les illusions. Être juge consulaire, c’est juger, non rêver. Sélectionner un repreneur devrait relever d’un devoir de vigilance, pas d’un pari sur la bonne volonté. Car derrière chaque entreprise cédée à un illusionniste, ce sont des emplois, des territoires, et la confiance même dans la justice économique qui s’effondrent.

Il est temps que la responsabilité suive la robe. Les tribunaux de commerce doivent répondre de leurs choix. Croire au père Noël ne peut plus être une excuse quand c’est l’économie réelle qui en paie le prix.