Catégorie : Éco

  • Trump se rêve en banquier de l’Amérique

    Trump se rêve en banquier de l’Amérique

    Donald Trump remet en scène sa vision d’une économie nationalisée autour des géants industriels et financiers du pays, et esquisse les contours d’un modèle où l’État devient le catalyseur principal de la puissance corporate américaine. Selon Les Échos, Meta, Goldman Sachs et Boeing incarnent cette architecture stratégique : trois piliers, trois narrations, trois leviers de souveraineté économique.

    Meta s’inscrit comme fer de lance technologique, métavers, IA, infrastructures sociales, un outil d’influence globale que Trump voudrait ancrer dans une dynamique “made in America”. Goldman Sachs, elle, incarne la puissance financière intérieure : l’ancien président entend l’orienter vers un rôle quasi-institutionnel dans la distribution du capital national. Quant à Boeing, symbole militaire et industriel, il demeure au cœur d’un programme où défense, réindustrialisation et prestige technologique se confondent.

    Trump transforme ainsi ces entreprises en instruments de politique économique, comme s’il écrivait son propre manifeste industriel.

  • Face aux abus des fonds étrangers, l’État sort de sa torpeur

    Face aux abus des fonds étrangers, l’État sort de sa torpeur

    L’État français engage des poursuites contre le fonds britannique Greybull : il lui reproche de
    n’avoir pas respecté les engagements pris lors de la reprise en 2024 de NovAsco, sidérurgiste
    français. Greybull s’était engagé à injecter 90 millions d’euros dans le redressement industriel
    du groupe, tandis que l’État apportait 75 millions d’euros de soutien sous forme de prêts et
    subventions. Or, un an après la reprise, seuls 1,5 million d’euros ont véritablement été versés
    par Greybull, et le groupe se trouve à nouveau en redressement judiciaire à Strasbourg,
    menaçant plusieurs centaines d’emplois sur quatre sites industriels. Les pouvoirs publics
    évoquent une « fraude au jugement » et envisagent une action judiciaire pour contraindre
    Greybull à rendre compte de son engagement. De leur côté, les syndicats estiment que
    l’opération s’apparente à une montée en capital opportuniste, sans véritable pilotage
    industriel. Face à cette situation, l’État français vise non seulement la protection des emplois,
    mais aussi la préservation d’un outil stratégique dans la sidérurgie bas-carbone. Greybull n’en
    est pas à son premier dossier bancal. Avec sa reprise de British Steel, il avait déjà œuvré.
    Souhaitons que le coup de menton du ministre de l’Industrie soit suivi d’effet.

  • Où sont passés les havanes ?

    Où sont passés les havanes ?

    La disparition des havanes en France est un fait une pénurie qui s’explique. Depuis quelques
    années, les amateurs français constatent une rareté grandissante des cigares cubains dans les
    civettes. Ce qui se trouvait aisément il y a encore cinq ou six ans, et à des tarifs
    raisonnables, est devenu difficile à dénicher et souvent hors de prix. La cause n’est pas
    unique, mais résulte d’un enchaînement de facteurs qui frappe l’ensemble de la filière.
    D’abord, Cuba traverse une crise de production sans précédent. Les ouragans ont dévasté les
    plantations de Pinar del Río, les pénuries d’engrais paralysent les récoltes, et l’économie
    locale peine à assurer les conditions nécessaires à un tabac de qualité. Moins de feuilles,
    moins de roulage : l’offre s’est brutalement contractée.

    Parallèlement, la demande mondiale a explosé, portée notamment par l’Asie, prête à payer
    très cher pour les marques iconiques. En 2022, Habanos SA a choisi d’aligner ses prix sur
    ceux de Hong Kong, entraînant des hausses spectaculaires : jusqu’à +300 % pour certains
    Cohiba. La stratégie assumée consiste désormais à positionner ces cigares comme des
    produits de luxe mondiaux.

    Pour la France, l’effet est immédiat : allocations en baisse, fiscalité lourde, et civettes peu
    enclines à immobiliser des stocks devenus onéreux et incertains. Entre pénurie et spéculation,
    les havanes disparaissent peu à peu des étagères, laissant place aux productions
    nicaraguayennes ou dominicaines, désormais plus stables et plus accessibles.

  • L’Union Européenne recule sur la RSE

    L’Union Européenne recule sur la RSE

    Le Parlement européen vient d’adopter des réformes majeures qui allègent les obligations pour les entreprises en matière d’impact social et environnemental. Dans son nouveau texte, les députés réduisent le nombre d’entreprises soumises au reporting de durabilité et simplifient les exigences de diligence.  Concrètement, seuls les groupes de plus de 1 000 employés et un chiffre d’affaires net annuel au-delà d’un certain seuil seront désormais concernés.

    Cette réforme s’inscrit dans un agenda de “simplification” porté par l’UE, destinée à alléger la charge administrative jugée trop lourde par certaines entreprises, notamment les PME.  Le mécanisme “stop-the-clock” adopté par le Conseil de l’UE reporte l’entrée en vigueur de certaines obligations, donnant ainsi plus de marge de manœuvre aux entreprises pour s’adapter.

    Les partisans de ce vote soulignent que l’initiative renforce la compétitivité européenne, en diminuant les coûts liés à la conformité tout en conservant un cadre minimal de responsabilité.  Pour eux, ces ajustements sont un signal clair : l’UE veut encourager les entreprises à croître sans les submerger sous des contraintes trop lourdes.

    Mais les critiques ne manquent pas. Certains MEPs et acteurs engagés mettent en garde : en assouplissant les règles, l’UE pourrait affaiblir les ambitions climatiques et sociales à long terme.  Ils craignent que ce vote n’ouvre la voie à des dérives, au détriment des victimes de violations des droits humains et de l’environnement.

    Ce tournant législatif marque donc un dilemme majeur pour l’Europe : comment concilier compétitivité économique et responsabilité sociale ? Le débat désormais se joue pleinement entre pragmatisme et ambition.

  • Bruxelles s’attaque à Google

    Bruxelles s’attaque à Google

    La Commission européenne ouvre une nouvelle enquête contre Google, soupçonné de maltraiter les éditeurs de presse dans la gestion de leurs contenus et de leurs revenus publicitaires. L’exécutif européen veut savoir si le géant américain respecte réellement le Digital Markets Act, cette loi pensée pour limiter le pouvoir des grandes plateformes. Bruxelles suspecte que Google privilégie ses propres services dans l’affichage des actualités et dans la répartition des revenus issus des clics et publicités.

    Cette procédure s’inscrit dans une série d’investigations visant à rééquilibrer les rapports de force entre la presse et les plateformes numériques. Après les tensions déjà observées en France et en Australie sur la rémunération des éditeurs, l’Europe veut imposer plus de transparence et de partage équitable. Google, de son côté, affirme coopérer pleinement avec les autorités et se dit prêt à “travailler main dans la main avec les éditeurs”. Le message de Bruxelles, lui, est clair : l’ère du laissez-faire numérique touche à sa fin.

  • Visa et Mastercard : un accord choc à 38 milliards

    Visa et Mastercard : un accord choc à 38 milliards

    Les géants Visa et Mastercard ont annoncé un projet d’accord révisé à 38 milliards de dollars avec les commerçants américains, visant à mettre fin à près de vingt ans de litige antitrust. L’affaire porte sur des frais dits « swipe fees », facturés aux commerçants pour l’acceptation des cartes de crédit. Selon les documents déposés, l’accord proposerait une légère baisse des taux d’interchange (de l’ordre de 0,1 point de pourcentage) et plus de flexibilité dans l’acceptation des cartes. Les commerçants saluent ce « soulagement significatif », mais certains estiment que cela reste insuffisant pour corriger le cœur du problème. Si l’accord est validé par un tribunal fédéral à Brooklyn, il mettra un terme à l’un des dossiers les plus anciens de la régulation financière américaine.

  • Qui sont les chômeurs ? Une étude qui balaie les clichés

    Qui sont les chômeurs ? Une étude qui balaie les clichés

    Une étude récemment publiée examine en profondeur la réalité des demandeurs d’emploi en France, et ébranle plusieurs idées reçues. Contrairement au stéréotype selon lequel le chômage toucherait principalement des personnes peu motivées ou peu qualifiées, les résultats dévoilent un profil bien plus hétérogène et souvent actif dans la recherche. 

    Les chercheurs montrent que de nombreux chômeurs se décrivent comme persévérants, déterminés à retrouver une activité, et souvent dotés de compétences valorisables.  L’étude révèle également que la perception des autres, mais aussi l’auto-perception, tendent à être biaisées par des représentations sociales faussées : beaucoup de demandeurs d’emploi estiment que leur entourage les considère comme « en pause » ou « non-employables », alors même qu’ils mènent activement des démarches.

    Parmi les facteurs structurels mis en lumière : la durée d’inactivité croît avec l’âge et la perte d’emploi, mais ce n’est pas un manque d’ambition qui en est la cause première. L’étude suggère enfin que la stigmatisation socio-professionnelle et l’absence de reconnaissance des compétences acquises hors emploi constituent des freins plus décisifs que la simple « volonté » de travailler. En conclusion, ce travail invite à repenser tant les politiques d’accompagnement que le discours public autour du chômage.

  • Crise sociale, écologie en panne, budget sous tension : la France en équilibre instable

    Crise sociale, écologie en panne, budget sous tension : la France en équilibre instable

    La journée du 6 novembre s’impose comme un révélateur d’un climat national crispé. Tandis que les syndicats, menés par la CGT, appellent à une mobilisation contre le projet de loi de finances 2026, la rue se prépare à une nouvelle démonstration de force. Au cœur de la contestation : la baisse des aides publiques, la fiscalisation de certaines prestations et le sentiment d’un pouvoir déconnecté des réalités sociales.

    Sur le front écologique, le constat est tout aussi amer. Dix ans après l’Accord de Paris, la France n’a pas tenu ses promesses : la baisse des émissions s’essouffle, la transition énergétique patine, et la crédibilité climatique d’Emmanuel Macron s’effrite à la veille de la COP30.

    Enfin, à l’Assemblée, le débat budgétaire s’envenime. Les arbitrages sur les dépenses sociales, la santé et la fiscalité des ménages cristallisent les tensions d’une majorité sous pression.

    Entre colère sociale, désillusion écologique et blocage institutionnel, le pays semble suspendu entre deux cycles : celui d’une république gestionnaire à bout de souffle et celui, encore incertain, d’un possible sursaut politique.

  • Le pétrole stabilisé mais toujours vulnérable aux chocs géopolitiques

    Le pétrole stabilisé mais toujours vulnérable aux chocs géopolitiques

    Les membres du groupe OPEC+ ont réaffirmé leur engagement à soutenir la stabilité du marché pétrolier dans un marché mondial encore fragile.  Alors que la demande reste incertaine et que l’essor des énergies renouvelables impose une pressurisation structurelle, les grandes puissances pétrolières, dont l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, les Émirats arabes unis et le Kazakhstan, affirment leur coordination. Le message est clair : adopter une gestion prudente des volumes, maîtriser les coûts de production et anticiper les ruptures. Toutefois le contexte reste volatile ; une escalade géopolitique, une fluctuation brutale de la demande ou un incident majeur de production pourraient relancer les prix ou, à l’inverse, peser sur les États producteurs déjà confrontés à des modèles budgétaires affaiblis. Le passage à une économie moins dépendante du carbone ajoute une couche de complexité à ces équilibres déjà délicats.

  • Europe sous pression pour financer ses ambitions sociales

    Europe sous pression pour financer ses ambitions sociales

    Dans un discours prononcé à Bruxelles, le directeur du département européen du Fonds monétaire international (FMI) a posé la question aiguë de savoir comment l’Europe allait pouvoir financer ses politiques quand les marges budgétaires sont aussi limitées.  Le contexte est marqué par des taux d’endettement élevés, une croissance modérée et des défis multiples : transition énergétique, vieillissement des populations, compétitivité affaiblie. Ces contraintes imposent de choisir entre des réformes structurelles lourdes, des hausses d’impôt ou des coupes dans les dépenses sociales. Le choix s’annonce politique et tendu. Le FMI souligne que l’Europe doit ajuster tant au niveau macro que micro en réformant le marché du travail, en améliorant la productivité et en repensant les priorités d’investissement.

     Le futur budgétaire européen dépendra non seulement des recettes disponibles mais aussi de la capacité à dégager des gains de croissance. Le temps des arbitrages s’impose et les décisions prises dans les mois à venir seront décisives pour la durabilité des modèles sociaux européens.