Catégorie : Éco

  • Sécurité sociale : le retour du congé de naissance

    Sécurité sociale : le retour du congé de naissance

    Les discussions autour du projet de financement de la sécurité sociale pour 2026 ont remis sur la table l’idée d’un “congé de naissance”. Cette mesure, abandonnée en 2024, pourrait revenir sous la forme de deux mois supplémentaires accordés à chacun des parents afin d’accueillir un nouveau-né. Ce congé s’ajouterait aux congés maternité et paternité existants, dans un contexte où le gouvernement met l’accent sur un “réarmement démographique”.

    De plus, l’Assemblée nationale a planché sur la limitation des arrêts de travail, pour encadrer plus strictement l’indemnisation et lutter contre l’absentéisme abusif. Ces réformes s’inscrivent dans un projet plus large de réforme du budget de la sécurité sociale, avec l’ambition de préserver l’équilibre des comptes tout en soutenant les familles.

    Ce retour du congé de naissance témoigne d’une volonté de renforcer le soutien aux familles, dans un contexte où beaucoup jugent les dispositifs actuels insuffisants. La limitation des arrêts de travail, quant à elle, vise à responsabiliser et à éviter les dérives. Ces deux mesures combinées pourraient marquer un tournant dans la politique sociale autour de la parentalité et du travail.

  • France : moins de bébés, plus de retraités

    France : moins de bébés, plus de retraités

    En 2024, le nombre de naissances en France a atteint 663 000, un niveau jamais vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce chiffre marque une baisse de 2,2 % par rapport à 2023. Le taux de fécondité s’établit désormais à 1,62 enfant par femme, une chute dramatique qui s’inscrit dans une tendance profonde de déclin démographique.

    Le vieillissement de la population s’accélère. Selon un rapport publié le 2 décembre 2025 par Cour des comptes, la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus pourrait représenter près d’un tiers de la population d’ici 2070, tandis que la population en âge de travailler devrait diminuer sensiblement.

    L’impact sur les finances publiques est redoutable. Si les dépenses par tête, retraites, santé, dépendance, sont maintenues, la part des dépenses publiques pourrait grimper jusqu’à 60,8 % du PIB d’ici 2070, un niveau comparable aux pics exceptionnels de crise.  Le modèle de protection sociale, fondé sur la solidarité entre générations, se trouve ainsi mis à mal : moins de cotisants, plus de retraités, et une pression croissante sur les ressources.

    Ce basculement démographique impose des choix difficiles. Augmenter l’âge de départ à la retraite, repenser le financement des systèmes de santé et de solidarité, adapter les politiques d’immigration ou encourager une plus grande participation au marché du travail… Les défis sont nombreux, et il s’agit d’un tournant pour la France. Si rien n’est fait, l’équilibre budgétaire, social et générationnel pourrait vaciller.

    Face à ce basculement historique, les marges de manœuvre se réduisent. Le modèle actuel, fondé presque exclusivement sur la répartition, apparaît de plus en plus fragile dans une société où les actifs sont moins nombreux et les retraités toujours plus nombreux. Dans ce contexte, l’idée d’un système mixte, associant répartition et capitalisation, revient avec insistance dans le débat public. Il ne s’agirait plus d’un changement idéologique, mais d’un ajustement pragmatique : permettre à chacun d’épargner une part de sa retraite tout en préservant le socle solidaire. Car à démographie inversée, financement inchangé devient illusion. La question n’est plus vraiment de savoir si le système devra évoluer, mais à quelle vitesse et sous quelle forme.

  • La farce tragique de la reprise de Brandt

    La farce tragique de la reprise de Brandt

    Le 2 décembre 2025, le gouvernement a lancé un appel solennel aux banques et investisseurs pour sauver l’entreprise Brandt, alors que l’audience devant le tribunal des affaires économiques de Nanterre se tient ce mercredi.  L’État a promis une aide initiale de 5 millions d’euros et, avec les contributions déjà annoncées de la métropole d’Orléans et de la région Centre-Val de Loire, environ 15 millions ont été mobilisés.  Mais le sauvetage est conditionné à un investissement total de 20 à 25 millions d’euros, indispensable pour éviter l’arrêt des salaires après mi-décembre.

    Ce qui rend la situation particulièrement pathétique c’est l’écart entre le discours solennel sur le “sauvetage d’un fleuron du made in France” et la réalité industrielle. Brandt, malgré son histoire et ses 700 salariés en France, n’a pas su s’adapter face à la concurrence internationale et à la crise du secteur du gros électroménager.  Le projet de reprise en Scop,  où les salariés deviendraient eux-mêmes actionnaires,  est présenté comme une “dernière chance”.

    Cette tentative sauvetage contraste avec l’absence d’offre ambitieuse de repreneurs, ce qui révèle un désintérêt des investisseurs pour des marques en déclin, en dépit des appels à la “patrie industrielle”.  Derrière les déclarations politiques, c’est un miracle industriel que l’on tente de préserver, mais un miracle qui repose sur un pari : que les banques acceptent de “jouer le jeu” en 24 heures, sur la foi d’un discours “patriote”.

    La résilience de Brandt dépend aujourd’hui de décisions financières instantanées tandis que l’entreprise lutte pour maintenir ses usines, ses savoir-faire, et éviter un énième naufrage industriel français. Le décalage entre le vernis politique et la réalité économique met en lumière la tonalité tragique,  presque grotesque,  de ce sauvetage express.

  • Pékin avance ses pions au Canada

    Pékin avance ses pions au Canada

    Le Canada voit l’influence du Pékin s’ancrer plus profondément, sans bruit, via des liens économiques, diplomatiques et communautaires.  L’expansion se fait progressivement, loin des projecteurs, mais avec détermination : des investissements stratégiques, des coopérations bilatérales et des échanges culturels permettent à la Chine de renforcer sa présence tout en contournant les résistances d’ordre politique.

    Cet ancrage discret met le Canada face à des dilemmes : comment préserver sa souveraineté tout en tirant parti des opportunités économiques offertes par Pékin ? Le défi est d’autant plus grand dans les secteurs sensibles, infrastructures, technologies, ressources naturelles, où les enjeux stratégiques sont élevés.

    À travers ces initiatives, la Chine consolide une position d’alliée, d’investisseur et d’acteur incontournable, au-delà des simples échanges commerciaux. Pour le Canada, cela pourrait signifier un rééquilibrage des alliances traditionnelles, avec des choix délicats à venir, parfois conflictuels.

    Dans un contexte mondial de rivalités croissantes entre grandes puissances, cette influence silencieuse montre à quel point les jeux de pouvoir passent aussi par l’économie, les investissements et le soft-power.

  • Rio Tinto au cœur de la bataille des métaux

    Rio Tinto au cœur de la bataille des métaux

    Le géant minier Rio Tinto se retrouve en première ligne d’un monde où l’accès aux matières premières stratégiques devient une compétition sans merci. Alors que la transition énergétique s’accélère, la demande en cuivre, aluminium, lithium ou minerai de fer explose. Les États et les grands groupes se livrent à une course discrète mais acharnée pour sécuriser des contrats, des mines et des infrastructures, en Afrique, en Amérique latine comme en Australie.

    Les derniers résultats et annonces stratégiques de Rio Tinto montrent un groupe prêt à assumer cette brutalité du marché. Entre inflation des coûts, exigences environnementales plus strictes et pression des communautés locales, chaque nouveau projet devient un test de résilience. Les incidents récents dans le secteur, des tensions sociales aux controverses sur l’impact écologique de certaines exploitations, rappellent que la licence d’opérer n’est jamais acquise.

    Parallèlement, la Chine, premier consommateur mondial de métaux, consolide ses positions en négociant en amont sur les projets miniers, ce qui renforce la nécessité pour les acteurs occidentaux de réagir. Rio Tinto doit composer avec cette réalité géopolitique en diversifiant ses partenariats et en sécurisant de nouveaux gisements, tout en répondant aux investisseurs qui exigent des trajectoires climatiques crédibles et des pratiques plus transparentes.

    Dans ce contexte, la valorisation boursière du groupe devient le reflet d’un double pari. D’un côté, celui d’une demande de long terme soutenue par les plans climat des grandes économies. De l’autre, la capacité à livrer ces volumes sans multiplier les dérapages opérationnels ni les crises d’image. La mine redevient un terrain de puissance, et Rio Tinto, comme ses concurrents, avance dans un environnement où chaque erreur se paie cher, mais où chaque gisement bien exploité peut devenir un atout stratégique majeur pour des décennies.

  • La France face au vertige du berceau vide

    La France face au vertige du berceau vide

    Les dernières données de natalité confirment un basculement démographique profond. En 2024, environ 663 000 bébés sont nés en France, soit plus de 20 % de moins qu’en 2010, et l’indicateur de fécondité est tombé autour de 1,62 enfant par femme, bien en deçà du seuil de renouvellement des générations.

    Cette chute s’enracine dans le quotidien d’une jeunesse prise en étau entre crises et incertitudes. La génération Z avance dans la vie adulte avec un rapport différent au couple, à la parentalité et au temps. Hyperconnectée, exposée en continu à l’anxiété climatique, aux crises géopolitiques et à la précarité économique, elle repousse les projets jugés irréversibles, au premier rang desquels la naissance d’un enfant.

    Le logement devient un verrou central. Dans les grandes villes, les loyers et les prix à l’achat grimpent plus vite que les salaires, rendant l’accès à un espace suffisamment grand pour une famille de plus en plus difficile. Les trajectoires professionnelles se fragmentent, les contrats courts se multiplient, l’ascenseur social semble en panne. La décision d’agrandir la famille se heurte à une impression de sol trop mouvant.

    Le numérique modifie aussi les imaginaires. Les réseaux sociaux exposent à d’autres modes de vie, d’autres rythmes, d’autres priorités. La parentalité y apparaît à la fois idéalisée et épuisante, exigeant temps, argent et disponibilité mentale. Dans ce contexte, beaucoup préfèrent consolider leur autonomie personnelle, voyager, se former, changer de voie, plutôt que de se projeter rapidement dans la vie de parents.

    Ce mouvement n’en est qu’à ses débuts, préviennent les démographes. Si la tendance se poursuit, la France devra composer avec une société plus vieillissante, des tensions accrues sur les systèmes de retraite et de santé, mais aussi une redéfinition possible des politiques familiales et du rapport au travail. Le débat à venir dépassera la simple arithmétique des naissances pour toucher à la manière dont la société veut soutenir le désir d’enfant dans un monde perçu comme instable.

  • SMIC 2026, petite hausse, grandes attentes

    SMIC 2026, petite hausse, grandes attentes

    Le rapport annuel du groupe d’experts sur le SMIC vient de tomber et il donne le ton des débats sociaux à venir. Selon leurs projections, le salaire minimum légal devrait augmenter d’environ 1,4 % au 1er janvier 2026, soit une vingtaine d’euros de plus pour atteindre autour de 1 827 euros brut mensuels. Une hausse mécanique liée à l’inflation et à l’évolution des salaires les plus modestes, qui s’inscrit dans la logique habituelle d’indexation.

    Dans le contexte actuel, ce chiffre résonne pourtant de manière particulière. Les prix de l’alimentation et du logement restent élevés, le reste à vivre se réduit pour une partie croissante des ménages et les inégalités de niveau de vie se creusent. Dans ces conditions, une augmentation d’une poignée d’euros apparaît surtout comme un signal symbolique, insuffisant pour compenser plusieurs années de perte de pouvoir d’achat. Les syndicats mettent déjà en avant la difficulté de boucler les fins de mois, tandis que le patronat redoute une nouvelle hausse automatique des coûts pour les petites entreprises fragilisées.

    Le rapport des experts confirme leur ligne traditionnelle, hostile à tout « coup de pouce » gouvernemental, c’est à dire à une revalorisation supérieure au minimum légal. Cette prudence vise à préserver l’emploi peu qualifié et à éviter un effet d’écrasement des grilles salariales, mais elle entretient aussi un sentiment de décalage avec la réalité quotidienne des salariés payés au SMIC.

    Dans les mois qui viennent, le gouvernement va devoir trancher entre la continuité technocratique et un geste plus politique en direction des travailleurs précaires. Le débat promet d’être vif à l’approche de 2026, sur fond de tensions sociales latentes et de revendications croissantes autour du partage de la valeur. Une certitude se dessine déjà, le SMIC reste au cœur du contrat social français et chaque euro supplémentaire concentre bien plus d’enjeux que son simple montant.

  • Taïwan muscle son bouclier

    Taïwan muscle son bouclier

    À Taipei, le président Lai Ching-te vient de franchir une nouvelle étape dans la stratégie de dissuasion de l’île face à la pression militaire grandissante de la Chine. Ce mercredi, il a présenté un plan historique de dépenses avec un budget de défense supplémentaire d’environ 40 milliards de dollars sur plusieurs années, destiné à transformer la posture militaire de Taïwan.

    Ce programme prévoit la construction d’un réseau de défense aérienne en couches, surnommé T Dome, conçu pour détecter et intercepter missiles et drones, ainsi que le renforcement de la flotte de navires et de systèmes antimissiles. L’objectif affiché est d’augmenter le budget de la défense à environ 5 pour cent du PIB d’ici 2030, une hausse spectaculaire pour cette économie insulaire qui vit déjà sous la menace permanente de son puissant voisin.

    Pékin considère toujours Taïwan comme une province renégate et multiplie les incursions d’avions et de navires autour de l’île. En réponse, Lai insiste sur le droit de Taïwan à renforcer ses capacités, en parlant d’un investissement dans la paix par la dissuasion plutôt que dans l’escalade. Ce plan n’est toutefois pas acquis. Il devra être approuvé par un Parlement dominé par l’opposition, plus prudente sur l’ampleur de la dépense et sur le risque d’alimenter les tensions avec la Chine.

    Sur la scène internationale, ce tournant budgétaire est suivi de près par les alliés de Taïwan, en particulier les États Unis, qui pressent depuis des années l’île de prendre davantage en charge sa propre sécurité. Le message envoyé par Taipei est clair. Dans un environnement indo pacifique de plus en plus instable, la survie de la démocratie taïwanaise passera par un arsenal plus moderne, plus dense et mieux coordonné. L’annonce de mercredi ancre cette conviction dans des chiffres rarement atteints, transformant un débat stratégique en engagement chiffré sur le long terme.

  • SFR s’enfonce et attise l’appétit de ses concurrents

    SFR s’enfonce et attise l’appétit de ses concurrents

    SFR continue de s’affaiblir sur le marché français des télécoms, avec une nouvelle baisse de 9 % de son chiffre d’affaires au troisième trimestre, désormais limité à 2,3 milliards d’euros. Le résultat opérationnel recule lui aussi de 11 %, à 764 millions, confirmant l’érosion persistante de l’opérateur. Malgré un gain de 44 000 abonnés sur le mobile, la dynamique reste négative, notamment sur le fixe où SFR enregistre 32 000 départs supplémentaires.

    Cette fragilité attise l’intérêt de ses rivaux. Orange, Bouygues Telecom et Free suivent la situation avec attention, chacun envisageant un possible mouvement de consolidation. Mais la dégradation continue de SFR pourrait pousser ces acteurs à revoir leurs ambitions à la baisse, en particulier sur la valorisation.

    Le secteur des télécoms français se trouve ainsi à un tournant : arbitrages stratégiques, repositionnements et pressions concurrentielles laissent entrevoir une recomposition du marché dans les mois à venir.

  • Auchan change de visage

    Auchan change de visage

    La grande distribution française s’apprête à vivre un nouveau séisme. D’ici fin 2026, la quasi-totalité des supermarchés Auchan de l’Hexagone, hors Corse, doit passer en franchise sous les enseignes Intermarché et Netto. Près de 300 magasins sont concernés par cet accord entre le groupe Mulliez et Les Mousquetaires. Les points de vente conserveront pour l’instant leurs équipes et une partie de leur offre, mais adopteront progressivement les gammes, la politique commerciale et les marques de distributeur d’Intermarché ou de Netto.

    Pour Auchan, l’opération permet de se recentrer sur les hypermarchés et le e-commerce, tout en allégeant ses coûts. Pour Intermarché, c’est l’occasion de densifier son maillage territorial et de gagner des parts de marché face à Leclerc et Carrefour.

    Les syndicats s’inquiètent des conséquences sociales et des éventuels changements de conditions de travail. Les consommateurs, eux, devraient voir évoluer progressivement les prix, les promos et l’identité des magasins de quartier qu’ils fréquentaient sous la bannière Auchan.