Ministre des Affaires Etrangères Hakan Fidan avec Rustem Umerov, Secretaire Général de la Sécurité Nationale d’Ukraine
Ankara avance ses pions pour peser dans le futur visage d’une Ukraine post conflit. Entre partenariat avec l’Union européenne et maintien de canaux ouverts avec Moscou, la diplomatie turque cultive une posture d’équilibriste assumée. Candidate officielle à l’UE depuis des années mais en froid avec Bruxelles sur de nombreux dossiers, la Turquie utilise le dossier ukrainien pour réaffirmer sa centralité stratégique entre mer Noire, Méditerranée et Caucase.
Depuis le début de la guerre, Ankara a multiplié les gestes ambivalents. D’un côté, elle a livré à Kiev des drones devenus emblématiques, joué les médiateurs pour les accords céréaliers et fermé les détroits aux navires de guerre. De l’autre, elle a maintenu un lien économique étroit avec la Russie, qui reste un partenaire énergétique et commercial majeur. Cette double posture lui permet aujourd’hui de se positionner comme interlocuteur incontournable pour la reconstruction de l’Ukraine comme pour la future architecture de sécurité en Europe orientale.
Pour l’Union européenne, la Turquie est à la fois un partenaire nécessaire et un voisin difficile. Sa capacité à contrôler les flux migratoires, à sécuriser une partie du flanc sud-est de l’OTAN et à dialoguer avec Moscou lui donne un poids considérable dans les négociations en coulisses. Dans la perspective d’une Ukraine rapprochée de l’UE, voire candidate à l’adhésion, Ankara peut offrir des corridors logistiques, des coopérations industrielles et une expertise militaire qui compteront au moment de rebâtir les infrastructures, l’énergie et la défense du pays.
Cette stratégie comporte toutefois des risques. La Turquie doit veiller à ne pas apparaître comme trop complaisante envers Moscou, au risque de braquer les capitales européennes, tout en préservant ses intérêts économiques avec la Russie. Elle cherche à transformer cette position délicate en avantage, en se présentant comme puissance pivot dans la région des mers Baltique, Noire et Caspienne.
Dans l’Ukraine d’après guerre, Ankara espère ainsi devenir un acteur clé, capable d’influencer à la fois le calendrier de la reconstruction et les nouveaux équilibres de sécurité continentale.