Bond Street ou quand le mètre carré devient un produit de luxe

20 000 euros le mètre carré par an. C’est le tarif désormais atteint sur New Bond Street à Londres, devenue la rue commerçante la plus chère du monde, selon une étude de Cushman & Wakefield.   Les loyers y grimpent à 2 231 dollars par “square foot” et par an, soit un record mondial. Autrement dit, chaque vitrine est un actif financier plus qu’un espace de vente.

Comme le rappelle L’Envers du Globe, cette inflation immobilière place la rue londonienne devant des géants historiques comme la 5ᵉ Avenue à New York ou la Via Monte Napoleone à Milan. Les Champs-Élysées restent l’artère parisienne la plus convoitée, mais à environ 12 000 euros le mètre carré, ils paraîtraient presque « abordables » en comparaison.

Ce classement révèle une chose : les grandes artères commerciales ne sont plus seulement des lieux de shopping, mais des vitrines mondialisées pour les marques de luxe. Louer quelques dizaines de mètres carrés sur Bond Street, c’est surtout acheter du prestige, de la visibilité et une place dans l’imaginaire global du luxe.

En parallèle, ces niveaux de loyers actent l’exclusion quasi totale des commerces indépendants. À ce prix, seuls les groupes internationaux peuvent suivre, contribuant à l’uniformisation des centres-villes : mêmes enseignes, mêmes façades, mêmes expériences aseptisées.

Si Bond Street devient le symbole de cette surenchère, la tendance est globale. Les grandes métropoles transforment leurs rues les plus emblématiques en actifs financiers, décorrélés de l’économie réelle et du pouvoir d’achat des habitants. Le commerce de proximité, lui, est relégué dans les rues secondaires, loin des flux et des touristes, mais aussi loin des rendements à deux chiffres qui excitent les investisseurs.

Luxe pour les uns, vitrine inaccessible pour les autres : le mètre carré n’a jamais été aussi stratégique.