Bangladesh : chute de Sheikh

Le verdict est tombé à Dacca comme un coup de tonnerre. L’ancienne Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, a été condamnée à mort pour crimes contre l’humanité, aux côtés de son ex-ministre de l’Intérieur Asaduzzaman Khan. Un tribunal spécial les a jugés responsables de la répression féroce du soulèvement étudiant de l’été 2024, un mouvement qui a fini par les chasser du pouvoir.

Selon l’ONU, plus de 1 000 personnes auraient été tuées lors de ces semaines de manifestations, déclenchées par une réforme des quotas dans la fonction publique. Les forces de sécurité, accusées d’avoir eu recours à des drones, à des rafales tirées dans la foule et à une vague d’arrestations arbitraires, sont au cœur du dossier. Le tribunal considère que Hasina et son ministre ont non seulement laissé faire, mais orchestré cette répression pour se maintenir au pouvoir.

L’ancienne dirigeante n’était pas présente à l’audience. Réfugiée en Inde depuis sa chute, elle dénonce un procès politique, mené par l’administration intérimaire de Muhammad Yunus, déterminée à effacer l’empreinte de son parti, désormais interdit. Les ONG de défense des droits humains partagent une partie du constat : si les crimes commis contre les manifestants doivent être jugés, la peine de mort les choque et la procédure suscite des doutes sur l’indépendance de la justice.

Cette décision illustre un paradoxe glaçant. Pendant des années, Sheikh Hasina était présentée par ses alliés occidentaux comme un rempart contre l’islamisme et un pilier de stabilité dans une région fragile. Les images des cortèges de jeunes brandissant des portraits de victimes, les récits de familles fauchées par les balles et les drones, ont définitivement fissuré cette narration.

Au-delà du sort de Hasina et de son ex-ministre, c’est l’avenir du Bangladesh qui se joue. Le pays entre dans une phase de recomposition totale, entre volonté de justice et soupçon de vengeance. Cette condamnation à mort ne referme pas les plaies du “juillet bangladais” : elle risque au contraire de les creuser encore.