Auteur/autrice : Alya

  • Accord États-Unis / Chine : ouverture fragile, enjeux puissants

    Accord États-Unis / Chine : ouverture fragile, enjeux puissants

    Donald Trump et Xi Jinping sont parvenus à un accord d’un an qui inclut la levée de certaines barrières à l’exportation, l’arrêt de contrôles sur les terres rares et semi-conducteurs, et un engagement chinois accru pour les importations agricoles américaines.  Le marché perçoit ce deal comme un apaisement des tensions commerciales, mais plusieurs zones d’ombre subsistent, à commencer par l’absence de discussion sur le statut de Taiwan. Cette évolution pourrait modifier en profondeur les chaînes d’approvisionnement, réduire le spectre d’un conflit tarifaire et offrir une respiration aux entreprises mondiales. Toutefois, la prudence reste de mise : il s’agit d’un accord temporaire, soumis à d’importantes ruptures potentielles et fortement dépendant de la volonté politique à venir.

  • L’économie de la zone euro affiche des signaux de stabilisation mais la croissance reste faible

    L’économie de la zone euro affiche des signaux de stabilisation mais la croissance reste faible

    Selon les dernières données de European Central Bank (ECB), l’épargne nette des ménages dans la zone euro s’élève désormais à 861 milliards €, soit 7 % du revenu disponible net sur les quatre derniers trimestres.  Parallèlement, l’endettement des entreprises non-financières régresse à 66,3 % du PIB (contre 67,9 % un an plus tôt). Cette amélioration des ratios financiers masque toutefois une réalité plus mitigée : la croissance reste anémique (prévisions autour de 1 % pour 2025) et l’investissement ne décolle pas suffisamment.  Les entreprises interrogées par l’ECB se déclarent optimistes, mais leurs profits continuent de baisser, ce qui incite à la prudence. L’inflation sur le court terme est sous contrôle (autour de l’objectif 2 %), mais l’architecture économique européenne demeure fragile. La leçon pour les marchés est claire : sans rebond de la consommation et de l’investissement, la zone euro pourrait stagner durablement. Et pour les investisseurs, cela signifie que les rendements pourraient être limités malgré des valorisations qui restent élevées.

  • EA passe privé pour 55 milliards $ : l’Arabie saoudite entre dans le jeu vidéo à haut niveau

    EA passe privé pour 55 milliards $ : l’Arabie saoudite entre dans le jeu vidéo à haut niveau

    Le géant du jeu vidéo Electronic Arts (EA) a accepté d’être acquis à hauteur de 55 milliards $ par un consortium conduit par le fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF), accompagné de Silver Lake et Affinity Partners.  Ce rachat record, le plus élevé jamais réalisé en “take-private”, illustre la transformation spectaculaire de l’industrie du divertissement : les contenus, e-sports, franchises majeures deviennent des actifs stratégiques. EA versera 210 $ par action, représentant une prime de 25 % sur le cours précédent l’annonce. Le PIF, déjà détenteur de ~9,9 % de l’entreprise, conserve sa position tout en déployant une vision de “hub global du gaming”.  Pour les marchés, la donnée majeure est la suivante : un acteur étatique entre massivement dans le capital-tech, avec effets potentiels sur gouvernance, créativité et dépendance aux capitaux internationaux. La question sous-jacente est celle de la monétisation accrue et de la concentration du pouvoir dans un secteur où les studios indés risquent d’être marginalisés. Ce rachat marque un tournant : l’industrie du jeu vidéo devient un terrain d’investissement institutionnel à part entière.

  • LayerZero : l’OPA crypto qui interroge la liquidité des ponts blockchain

    LayerZero : l’OPA crypto qui interroge la liquidité des ponts blockchain

    Le protocole LayerZero a proposé la fusion/absorption de son jeton jumeau Stargate (STG) dans un schéma de consolidation à hauteur de 110 millions $, transformant l’économie de jetons et recentrant l’activité sur le token ZRO.  Pour les investisseurs crypto, cela pose plusieurs défis : la réduction de l’offre de jetons STG peut de fait provoquer une chasse à ZRO au détriment de la diversification. L’opération peut quant à elle marquer  un virage vers une architecture blockchain plus concentrée et moins fragmentée. D’autre part, le mouvement donne à réfléchir sur le rôle des protocoles cross-chain dans un univers de plus en plus verrouillé par les régulateurs et les grandes plateformes. Le tabou financier est présent : dans un secteur réputé décentralisé, cet accord interroge sur la gouvernance, la liquidité et le pouvoir qu’exercent quelques acteurs clés, au moment où les marchés cherchent à évaluer ces actifs alternatifs.

  • Disney-Layoffs : quand l’univers enchanté réduit ses cast members

    Disney-Layoffs : quand l’univers enchanté réduit ses cast members

    Disneyland Resort a confirmé un plan de suppression d’environ 100 postes salariés (cast members) dans ses parcs californiens, dans le cadre d’une « réorganisation stratégique ».  Le parc souligne que le “business est en période d’exploitation soutenue mais stable” et que cette mesure vise à “recalibrer” l’organisation afin de “maintenir une expérience exceptionnelle” pour ses visiteurs. La question clé est désormais : pourquoi procéder à ces coupes alors que la fréquentation est revenue à des niveaux quasi-normaux après la pandémie ? Certains analysent qu’il s’agit moins de baisse d’activité que d’un arbitrage structurel pour améliorer les marges et répondre aux attentes des marchés financiers. Cette annonce met aussi en lumière un double défi : pour les cast members concernés, et pour les investisseurs de l’industrie du divertissement qui surveillent l’équilibre entre coûts, qualité de service et loyauté de la main-d’œuvre. Le tabou ici : les grandes marques peuvent affirmer “expérience client” tout en réduisant leurs effectifs et savoir comment concilier rentabilité et promesse d’immersion.

  • La finance décentralisée reprend le pouvoir à la politique

    La finance décentralisée reprend le pouvoir à la politique

    Pendant des siècles, la monnaie a été le sceptre des rois, puis l’arme des États. Aujourd’hui, elle leur échappe. La finance décentralisée, la DeFi, s’impose comme la première rébellion sérieuse contre l’ordre politico-monétaire moderne. Elle ne demande pas la permission : elle code la désobéissance.

    Ce que les gouvernements appellent “innovation risquée” est en réalité une sécession pacifique. Les protocoles remplacent les banques, les smart contracts suppriment les ministres, et la confiance, jadis garantie par le sceau d’un État, se loge désormais dans la transparence mathématique.

    Ce n’est plus la Bourse de New York ou la BCE qui dictent le rythme, mais des blockchains sans frontières, ouvertes 24 h/24, où la liquidité circule comme une idée libre.

    Les États, eux, tâtonnent : comment réguler ce qu’on ne peut pas saisir ? Comment taxer un protocole ? Comment censurer une équation ? La DeFi expose leur faiblesse : ils ne contrôlent plus la vitesse ni la confiance, deux leviers essentiels du pouvoir. Sous couvert de finance, c’est un changement de civilisation qui s’opère. L’ère des bilans comptables cède la place à celle des réseaux de valeur, auto-régulés, transparents et incorruptibles. Là où la politique a bâti des dettes, la blockchain bâtit des équilibres.

    La finance décentralisée n’a pas besoin de renverser les gouvernements : elle les rend obsolètes.

    Et dans le silence des blockchains, une nouvelle légitimité s’écrit, celle d’un monde où la liberté ne s’imprime plus sur du papier, mais se chiffre en blocs.

  • Satoshi Nakamoto : le prophète invisible qui a fracturé le pouvoir

    Satoshi Nakamoto : le prophète invisible qui a fracturé le pouvoir

    Il n’a ni visage, ni nation, ni tombe. Et pourtant, son ombre pèse sur toutes les économies de la planète.

    Satoshi Nakamoto, créateur du Bitcoin, n’est pas seulement un inventeur : il est un événement politique. En publiant, le 31 octobre 2008, un simple white paper de neuf pages, il a mis à nu un système monétaire vieux de plusieurs siècles.

    Derrière la technique, la blockchain, le proof-of-work, la cryptographie asymétrique,  il y a une vision : ôter au pouvoir central le monopole de la confiance. Le Bitcoin n’était pas conçu pour enrichir, mais pour émanciper. Il naît dans le fracas de la crise financière de 2008, quand les États sauvaient les banques avec l’argent des contribuables. Le premier bloc de la blockchain portait ce message gravé à jamais : “The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks”, une pierre tombale pour l’ancien ordre.

    Satoshi, c’est la revanche du code sur la bureaucratie, du collectif sur l’institution. Son invention redéfinit trois rapports de force :

    Économique : la monnaie n’a plus besoin d’intermédiaires, elle circule sans permission.

    Politique : la souveraineté se déplace du Trésor public vers le réseau.

    Philosophique : la confiance ne vient plus d’un État, mais d’un protocole.

    Depuis, les États tentent de réguler ce qu’ils ne comprennent pas, les banques de dompter ce qu’elles méprisaient, et les peuples d’apprivoiser une liberté brutale : celle d’être son propre banquier. Satoshi n’a pas disparu, il s’est dissous dans la multitude. Chaque nœud, chaque bloc, chaque clé privée prolonge sa présence. Son geste dépasse la finance : il institue un nouvel humanisme décentralisé, où la technologie devient un contre-pouvoir.

    Le mystère de son identité importe peu. Ce qui compte, c’est le renversement qu’il a déclenché.

    Car en un seul texte, Satoshi Nakamoto a fait vaciller l’idée la plus stable de l’histoire humaine : que la monnaie devait appartenir à l’État.

  • 32 pays embrassent le Bitcoin : de San Salvador à Abu Dhabi, la souveraineté se mine désormais en blocs

    32 pays embrassent le Bitcoin : de San Salvador à Abu Dhabi, la souveraineté se mine désormais en blocs

    Le temps de la spéculation est clos. Ce que certains prenaient pour une utopie libertarienne devient un outil de politique d’État. Selon une étude récente, 32 pays ont engagé un processus d’adoption active du Bitcoin : régulation, stockage, ou intégration dans leurs systèmes énergétiques.

    Tout a commencé à San Salvador. En 2021, Nayib Bukele a fait du Bitcoin une monnaie légale, geste moqué à l’époque, aujourd’hui cité dans les think tanks monétaires comme une rupture historique. Quatre ans plus tard, le Salvador mine son électricité volcanique pour alimenter le réseau, attire des capitaux étrangers et fait école.

    L’onde de choc s’est propagée. En Argentine, Javier Milei veut ancrer le peso dans une logique crypto-compatible. Les Émirats arabes unis testent déjà le Bitcoin dans leurs échanges énergétiques via les zones franches de Dubaï et d’Abu Dhabi. Le Nigeria l’utilise pour compenser la défiance envers sa monnaie. En Philippines, au Brésil et en Thaïlande, le BTC s’invite dans les paiements publics et les régulations bancaires.

    Ce basculement n’a plus rien de marginal. Il marque le début d’une géopolitique des chaînes de blocs, où la souveraineté ne se mesure plus en réserves d’or mais en puissance de calcul. Le Bitcoin devient pour certains pays ce que le pétrole fut pour d’autres : une arme d’indépendance, un marqueur de modernité, une manière de dire “non” au FMI et au dollar.

    Ce n’est plus la ruée vers l’or numérique ; c’est la revanche des nations qui refusent d’attendre la permission de la finance mondiale.

  • Bitcoin ou Or : l’ultime duel des valeurs refuge

    Bitcoin ou Or : l’ultime duel des valeurs refuge

    Dans un monde en proie aux turbulences géopolitiques et financières, la quête d’une valeur refuge reste plus cruciale que jamais. Depuis des millénaires, l’or a joué ce rôle : métal tangible, rare, universellement reconnu. Aujourd’hui, le Bitcoin se présente comme son rival numérique. Mais qui remportera la bataille ?

    L’or conserve son histoire. Limité en quantité, physique, conservé et ressurgissant lors des crises majeures, il incarne la stabilité. 

    Le Bitcoin, né en 2009, partage certains atouts : rareté programmée, absence de contrepartie, portabilité numérique. Pourtant, la différence tient surtout à la temporalité et à l’incertitude : l’or a résisté aux siècles, aux régimes, aux systèmes monétaires. Le Bitcoin, lui, reste un pari sur le devenir du système financier. 

    Investir dans l’un ou l’autre ne se réduit pas à choisir une “meilleure valeur refuge” : il s’agit de choisir un horizon, un récit, une confiance. L’or s’adresse à celui qui veut survivre aux tempêtes. Le Bitcoin à celui qui veut participer à la disruption.

    Pour une diversification intelligente, l’équilibrage demeure : réserver une part modérée (quelques pourcents) à ces actifs, tout en gardant en ligne de mire le lien au temps, long terme vs rupture.

    Dans ce duel des “refuges”, le vrai gagnant pourrait être celui qui n’a pas à choisir entre les deux, mais qui sait les utiliser à bon escient, dans un portefeuille où l’ancien monde et le monde digital s’entrelacent.

  • Eurozone : épargne record, mais absence d’investissement ?

    Eurozone : épargne record, mais absence d’investissement ?

    Dans sa publication du 28 octobre 2025, la Banque centrale européenne (BCE) indique que la zone euro a accru son épargne nette à 861 milliards €, soit 7 % du revenu disponible net sur la période des quatre trimestres à fin Q2.  Parallèlement, l’investissement des sociétés non financières est aussi en progression, mais le taux d’endettement recule (66,3 % du PIB contre 67,9 % il y a un an).

    Ce paradoxe interroge : pourquoi autant d’épargne accumulée alors que les entreprises semblent freinées dans leur capacité à investir ? Les banques interrogées dans l’enquête sur le prêt bancaire annoncent un environnement de crédit plus strict, en particulier pour les prêts à la consommation et l’immobilier : une partie du frein viendrait de la peur des risques et de la lenteur des financements. 

    Le marché boursier et obligataire paraît donc évoluer dans un contexte où le “capital disponible” existe, mais où la dynamique économique reste molle. Le tabou posé ici : l’abondance d’épargne n’entraîne pas automatiquement une relance productive. La vraie question est : dans un monde de taux élevés et d’incertitudes géopolitiques, la reprise capitaliste peut-elle s’appuyer uniquement sur de l’épargne ou faut-il un catalyseur politique/structural ? Les marchés doivent-ils anticiper cette transition ou risquent-ils d’être piégés par la stagnation ?

    On pourrait aussi répondre que les banques ne font plus le boulot. Trop surveillées par leurs propres règles, elles ne prêtent qu’aux riches. Le nombre de faillites, en forte hausse, le prouve en quelque sorte. Il existe donc une faille entre l’argent épargné et l’argent prêté. Le numérique, qui permet la rencontre de l’offre et de la demande, viendra probablement régler le problème.