La farce tragique de la reprise de Brandt

Le 2 décembre 2025, le gouvernement a lancé un appel solennel aux banques et investisseurs pour sauver l’entreprise Brandt, alors que l’audience devant le tribunal des affaires économiques de Nanterre se tient ce mercredi.  L’État a promis une aide initiale de 5 millions d’euros et, avec les contributions déjà annoncées de la métropole d’Orléans et de la région Centre-Val de Loire, environ 15 millions ont été mobilisés.  Mais le sauvetage est conditionné à un investissement total de 20 à 25 millions d’euros, indispensable pour éviter l’arrêt des salaires après mi-décembre.

Ce qui rend la situation particulièrement pathétique c’est l’écart entre le discours solennel sur le “sauvetage d’un fleuron du made in France” et la réalité industrielle. Brandt, malgré son histoire et ses 700 salariés en France, n’a pas su s’adapter face à la concurrence internationale et à la crise du secteur du gros électroménager.  Le projet de reprise en Scop,  où les salariés deviendraient eux-mêmes actionnaires,  est présenté comme une “dernière chance”.

Cette tentative sauvetage contraste avec l’absence d’offre ambitieuse de repreneurs, ce qui révèle un désintérêt des investisseurs pour des marques en déclin, en dépit des appels à la “patrie industrielle”.  Derrière les déclarations politiques, c’est un miracle industriel que l’on tente de préserver, mais un miracle qui repose sur un pari : que les banques acceptent de “jouer le jeu” en 24 heures, sur la foi d’un discours “patriote”.

La résilience de Brandt dépend aujourd’hui de décisions financières instantanées tandis que l’entreprise lutte pour maintenir ses usines, ses savoir-faire, et éviter un énième naufrage industriel français. Le décalage entre le vernis politique et la réalité économique met en lumière la tonalité tragique,  presque grotesque,  de ce sauvetage express.