La tempête était annoncée depuis des années, elle frappe enfin. Spotify fait face à une action collective explosive aux États-Unis, accusé d’avoir laissé prospérer des milliards d’écoutes frauduleuses générées par des bots et des réseaux automatisés. En clair : des « streams fantômes » gonflant artificiellement les chiffres de certains artistes-stars, au détriment d’une majorité d’artistes indépendants dont la rémunération dépend du partage global du nombre d’écoutes réelles.
Au cœur de la plainte, déposée devant un tribunal californien : l’idée que Spotify savait. Les plaignants estiment que la plateforme dispose des moyens techniques pour détecter des comportements anormaux, comptes créés en masse, écoutes répétitives sur des plages horaires improbables, pics d’activité synchronisés, mais aurait préféré fermer les yeux. Motif implicite : chaque flux, même frauduleux, sert le chiffre d’affaires publicitaire et les métriques d’audience, deux piliers de la valorisation boursière du leader mondial du streaming.
L’affaire va bien au-delà d’un simple litige commercial. Si les accusations sont confirmées, c’est tout le modèle pro-rata de l’industrie musicale qui vacille. Un système dans lequel les revenus des abonnements et de la publicité sont mis en commun puis redistribués en fonction du volume d’écoutes. Si une partie de ces écoutes est artificielle, le mécanisme n’est plus seulement imparfait : il devient prédateur pour les petits artistes.
