Dans son essai Logocratie, l’universitaire et chroniqueur Clément Viktorovitch décrit une mutation politique inquiétante : « quand la parole officielle s’affranchit du réel, c’est la démocratie elle-même qui chancelle. » En France, les débats sur les retraites illustrent ce glissement : promesses répétées de ne pas reculer l’âge de départ à la retraite, suivies de lois visant précisément cette reculade. Le motif : rendre acceptable une réforme impopulaire par le verbe plutôt que par la réalité. Viktorovitch parle de « logocratie », un régime où ce n’est plus seulement le pouvoir qui s’exerce, mais la parole du pouvoir qui impose, manipule, détourne. Dans ce contexte, le recours croissant à des techniques de communication, de sur-médiatisation, de « élément de langage » concentre l’autorité non plus sur le « quoi » mais sur le « comment ». Ce n’est pas un détail : c’est un changement de régime. Le citoyen ne débat plus d’un projet, il subit un discours. Et le mensonge, ou la promesse non tenue, devient normalisé. Il faut donc rester vigilant : décrypter, poser des questions, ne plus se contenter d’écouter.
